08/10/2014

Missing

Ayant créé une alerte pour cet auteur, j'ai reçu aujourd'hui un mail de eBay m'informant qu'un livre de Noël Vindry venait d'être proposé à la vente. Comme pas mal d'amateurs de romans policiers, j'entends parler en très grand bien de cet écrivain - grand spécialiste français des chambres closes et crimes impossibles dans les années trente - depuis des lustres, mais n'arrive jamais à mettre la main sur ses livres. Ils sont en effet extrêmement rares, sauf ceux de sa dernière période au Masque qui de l'avis général ne comptent pas parmi ses oeuvres majeures. Et qui dit rares, dit chers. Très chers. Or donc, si vous souhaitez acquérir Le double alibi, dans son unique édition de 1934, il vous en coûtera... 100 euros. Et ce n'est même pas le plus cher que j'aie vu pour un livre de Vindry; je me souviens avoir croisé une fois La Bête hurlante à 140 euros sur Abebooks. Dommage que les héritiers de Vindry ne touchent pas un sou de ces ventes; ils en tireraient une rente appréciable. En tout cas ce n'est pas encore aujourd'hui que j'aurai un Juge Allou dans ma bibliothèque, et il en sera ainsi tant que Vindry ne sera pas réédité. 

Pourquoi ne l'est-il pas? C'est une question qui fait le tour de la communauté polardière depuis des décennies. Ce ne sont apparemment pas les héritiers qui s'y opposent; plusieurs Juge Allou ont été réédités... en Espagne dans les années 80, ce qui me fait regretter d'avoir laissé mon espagnol en jachère car ces éditions-là se trouvent facilement et à bas prix. Il faut donc en conclure que ce sont éditeurs qui ne sont pas intéressés, et de fait on voit mal qui dans le paysage éditorial français actuel pourrait s'intéresser à Vindry. Le Masque était le choix le plus "logique" mais a tourné le dos au roman d'énigme qui fut longtemps son terrain d'élection. Grands Détectives? Autrefois ouverte aux grands auteurs du passé, la collection est désormais réservée aux auteurs contemporains et se spécialise dans le roman policier historique. Rivages/Mystère n'est plus et les romans d'énigme, déjà fort peu nombreux, ont disparu du catalogue Rivages depuis la mort de Claude Chabrol. En outre, les éditeurs ne font pas dans la philanthropie; ils ne publient que des livres pour lesquels un marché existe, et cela ne semble pas être le cas ici. La seule tentative récente de réédition, un omnibus réalisé par Roland Lacourbe qui reprenait A travers les murailles, n'a rencontré que peu d'écho. Le roman d'énigme, en particulier dans sa forme "impossible", avait connu un regain d'intérêt dans les années 90, notamment grâce au succès des rééditions de John Dickson Carr. La page semble tournée désormais, les amateurs d'énigmes se tournant vers la télévision et abandonnant les rayonnages aux fans de thrillers et de noir. Resterait l'édition numérique, qui a déjà permis outre-Manche et outre-Atlantique à des auteurs comme J.J. Connington ou Stuart Palmer de retrouver une visibilité qu'ils n'avaient plus dans les librairies traditionnelles, mais le marché est encore balbutiant en France et rien ne peut se faire sans l'accord des ayant-droits. Ou l'espoir qu'un petit éditeur ait un coup de coeur; c'est après tout une presse universitaire de province, Les Presses Universitaires du Septentrion, qui a enfin permis aux lecteurs français de découvrir Gaudy Night de Dorothy L. Sayers.

Mais en attendant, que faire? Lire et relire A travers les murailles. Garder un oeil sur eBay, PriceMinister et Abebooks. Et faire les brocantes, en croisant les doigts pour trouver la perle rare, vendue par cette providence du chineur: la bonne poire qui ne sait pas ce qu'elle vend (elle existe, je l'ai rencontrée plus d'une fois)



07/10/2014

Me Like Some Comments

A few more words to tell you that comments on this blog are welcome and much appreciated. Feel free then to say what you think, even (and most particularly) if you disagree with me! And if you prefer to keep it private, you can drop me a line at lechardxavier-at-gmail.com. 

Hear from you soon!

Of Definition and Standards

Says Leslie Kendall Dye:

My obsession with Wilkie Collins started, strangely, with The Moonstone. It's often credited with being the first "detective novel," but it isn't. It is considered a classic, but it's boring and poorly plotted. I read it to please my father, who had loved it. When I told him what I thought of it, he said, "Oh, yes, I remember now, it is boring. Try The Woman in White, that's much better."
Indeed. I spent that year collecting and reading every Collins novel I could find. The Woman in White, while perhaps the least needing of publicity, is the best book with which to introduce Wilkie Collins to the uninitiated.

Funny - or revealing - that my personal experience was quite the opposite. I, too, had my first taste of Collins with The Moonstone but I loved and still love it; multiple visits have not eroded its charm a little bit. I don't find it boring at all, and the plotting is one of the things that make it a favorite of mine. Part of the book's appeal is to witness the birth of a genre - yes I know L'Affaire Lerouge came first, but there's no denying The Moonstone is closer to detective fiction as we know it. T.S. Eliot may have overstated his case but not by much.

Fresh from The Moonstone I went on to read The Woman in White with great expectations as I'd been repeatedly told it was even better, and... well... I liked it, but was somewhat disappointed as I didn't think it lived up to its reputation. Sure the writing was great and the characterization too, but the plot failed to elicit significant interest or thrills from me. Don't get me wrong: it wasn't boring, but neither was it extremely compelling. Suffice to say that I never felt the urge to re-read it.

Part of my disappointment may have to do with the fact that unlike The Moonstone it is not a detective novel. There is a mystery, or kind of, but the emphasis is on suspense, not detection. The guilty party is known almost from the start and the book is not about unmasking him but tweaking his schemes. All fine if you're into that kind of thing; the problem is, I'm not - much. I'm very much a puzzle/mystery-focused reader and that's probably why I've never been keen on crime novels or noir fiction - genres where there is nothing or little to solve.

Back in the Golden Age, when puzzle and plot were paramount and the traditional model was mostly unquestioned even by those trying to break free from it, The Moonstone was by far the most admired of the two novels. But times and priorities have changed and The Woman in White is much closer to our definition of what a good mystery - I mean, a good crime novel must be. 

Shifting tastes and evolving definitions account for the difficulty in identifying the Great Ancestors of the genre. To an orthodox reader/scholar including, say, Balzac's A Murky Business in the Canon makes no sense - it is obviously not a detective story. For the more modern-minded, however, the book has criminal events at its heart and is high on realism and characterization so it qualifies. Here like everywhere else in the genre, judging requires agreeing on definition and standards as Chandler in an exceptional bout of wisdom noted.  And there is very little agreement on anything nowadays in the mystery field.


17/09/2014

Les lauréats du Grand Prix de Littérature Policière 2014 sont connus.

Bon, c'est officiel: ce prix, qui n'était déjà pas très glorieux au départ, est devenu une vaste blague, un véritable Goncourt du polar - et je ne dis pas ça comme un compliment. Il serait vraiment temps de mettre les choses au clair et de changer le nom d'un prix qui, en fait de littérature "policière", ne récompense pratiquement que des romans noirs, si possible engagés politiquement, ou des livres que seule une interprétation très large du genre permet d'y inclure, comme c'est le cas du lauréat étranger cette année encore. La littérature policière "traditionnelle", non noire, reste elle sur le pas de la porte. Louise Penny reçoit des prix un peu partout, mais les beaux esprits français l'ignorent, et Thomas H. Cook est prié pour la troisième année consécutive d'aller se rhabiller. Je suggère aux jurés du GPDLP de fusionner avec les Trophées 813 et le Prix Mystère de la Critique: ce sera plus franc et on gagnera du temps. Quant à moi j'en ai ma claque que le milieu du polar français ignore et méprise les trois quarts de la littérature criminelle.

Fin du coup de gueule.

10/09/2014

Un temps révolu?

Pierre Sérisier à propos de la série Origines:

Personne n'a eu l'audace d'expliquer que cette intrigue relève du Cluedo. Vous savez, ce jeu où c'est toujours le colonel Moutarde qui est le meurtrier avec un chandelier dans le salon. J'y jouais quand j'étais gamin au début des années 70. Et bien, on en est encore là. On réfléchit aux séries policières françaises comme s'il fallait adapter Boileau-Narcejac ou Georges Simenon. Non, c'est fini. Ce temps est révolu. Agatha Christie appartient au passé.

Mettre dans le même sac des auteurs aussi différents et qui, pour d'eux entre eux, sont parmi les plus lus dans le monde et en France*, et proclamer leur obsolescence - voilà qui peut surprendre. Les assimiler au jeu de Cluedo (quand seule Christie ressort du roman d'énigme dont le Cluedo est une caricature) et taxer celui-ci de ringardise, aussi. Mais nous sommes en France, et tout s'explique.

Le whodunit, puisque c'est lui qui est visé, est pratiquement absent du paysage éditorial français depuis plusieurs décennies, si l'on excepte la valeur sûre qu'est Christie, des anomalies en voie de résorption comme Paul Halter et quelques rééditions éparses - toujours les mêmes d'ailleurs - qui ne suscitent que peu d'intérêt dans les médias. Cela ne tient pas, malgré les apparences, à une désaffection du public mais au fait que ceux qui font la pluie et le beau temps dans ce domaine - éditeurs, critiques, journalistes - préfèrent largement des formes plus modernes et à leurs yeux plus "littéraires" à commencer par le sacro-saint roman noir qu'ils n'ont donc de cesse de promouvoir. Le whodunit, à leurs yeux, est dépassé, ringard et aussi peu digne d'attention et de soutien que les romans de Barbara Cartland. C'est ainsi que le dernier éditeur spécialisé en France, Le Masque, a définitivement tourné casaque au début de ce siècle sous la férule d'une directrice dont l'objectif avoué était d'en faire un Rivages bis** (comme si un seul ne suffisait pas...) Adieu Peter Lovesey, bonjour Don Winslow!

Difficile dans ce contexte d'admettre que le genre se porte bien dans les pays anglo-saxons, sous une forme certes modernisée et parfois caricaturale, le "cozy" (douillet, parce que peu porté sur la violence et le sexe contrairement au noir et au thriller) Son auteur-phare, la canadienne Louise Penny, connait un succès critique et commercial retentissant, consacré par de nombreux prix et distinctions. On ne s'étonnera pas qu'elle n'ait jusqu'ici suscité qu'un intérêt limité et passablement étonné ("ça existe encore, ce genre de truc?") chez nous, et on la cherchera en vain dans la sélection pour le Grand Prix de Littérature Noire Policière.

La vision déformée et réductrice que se fait la France de la "Planète Polar" est un sujet que j'ai abordé à plusieurs reprises sur ce blog et quelque chose me dit que je n'en ai pas fini.

* Tellement populaire dans le cas de Christie qu'une suite vient d'être donnée aux aventures de son détective Hercule Poirot!

** Le Masque a semble-t-il décidé de renouer avec ses racines depuis le départ de Mme Aubert vers d'autres cieux, comme le suggère le réveil de la "collection jaune" et des rééditions de Dorothy L. Sayers, Rex Stout et autres.

25/08/2014

Sir Richard

Je ne connais pas très bien son oeuvre en tant que réalisateur, mais j'apprécie ce que j'en ai vu (Les Griffes du Lion en particulier, qui me semble un film très sous-estimé) C'est surtout en tant qu'acteur que je me souviendrai de lui - et quel acteur! Gang de tueurs, La Grande évasion, Hold-up à Londres, Le Rideau de brume, Le Vol du Phénix et tant d'autres. Son moment de gloire à mon avis fut le très sous-estimé 10, Rillington Place où il offre l'une des interprétations les plus inquiétantes de l'histoire du cinéma. Si les Oscars se gagnaient vraiment au mérite, il aurait reçu une nomination et peut-être même une statuette. R.I.P.
 

I'm not familiar with his work as a director, but I like what I've seen (his You-Know-Who biopic, Young Winston, is very underrated I think) I'll remember him first as an actor - and what an actor! Brighton Rock, The Great Escape, The League of Gentlemen, Seance on a Wet Afternoon, The Flight of the Phenix and many others. His greatest moment, I think, was the much underrated 10, Rillington Place where he delivered one of the most chilling performances in film history; if Oscars were really about merit, he would have earned a nomination and maybe won. R.I.P.


24/08/2014

Those Who Don't Know History...

Over at the Facebook Golden Age of Detection group, Jeffrey Marks said something which, I think, deserves closer examination:

"Science fiction has a fandom that knows its history. Mystery does not. I would love to see that change to honor all the incredible writers of the past 150 years."


Sci-fi fans are indeed very knowledgeable about the history of their favorite genre. So are horror/fantasy and western buffs. I would venture to say that crime fiction is the only genre with such a blatant lack of interest in its past. Why is it so? I can think of several factors:

1°) The influence of the hardboiled school which convinced everyone that all crime writing prior to the advent of Dashiell Hammett was utter rubbish and that a "good" mystery must be realistic, gritty and socially and politically conscious. As most vintage crime fiction fails to pass that arbitrary test, it is deemed to be uninteresting and left to rust by fans and critics alike.

2°) The mystery community's longstanding craving for respectability. Vintage crime writers rarely took themselves or their work "seriously" and very few attempted to "transcend the genre"; their aim was to entertain and that they did very well. In short, they were not "literary" and, to the modern mystery fan, are artifacts of an embarrassing past that is thankfully behind us. Better to let them buried deep.

3°) A significant lot of contemporary mystery fans are not fans at all. They come from the mainstream (much like the authors they most admire) and the kind of mysteries they enjoy most is the one that has all the trappings of mainstream fiction. They're not interested in plots and puzzles or only very peripherically; what they want first is characters they can "relate" to, hence their enthusiasm for series and character-driven crime novels. They also want substance which for them is measured by length. They are not averse to vintage crime fiction, but they mostly stick with the valeurs sûres like Doyle or the Crime Queens. They have no desire to go further.

Needless to say, that is a situation that I don't like. But how can it be fixed? Most people don't even see that as problem, and it is a logical result of the evolution of the genre in the last sixty years from pure escapism to "literary significance".  We lovers of vintage crime fiction must learn to accept our minority status and support those brave publishers who keep the old stuff alive or bring it back to light. They may ultimately come in handy someday to today's presentists: if the "tradition" is to hold, maybe no one in 2070 will know who Gillian Flynn and Dennis Lehane were.