27/05/2010

L&O's Law

So it's over. Law & Order won't beat Gunsmoke's record and become the longest-running drama ever. I hadn't watched it for years, still it makes me feel sad - and kinda nostalgic.

I was vacationing in Nice when I saw my first L&O. It was 1994, the show had just began airing on France 3 - and the guys there took great pains to make sure it didn't become a hit. For all its run on France 3 Law & Order was what the French call a bouche-trou: something to air when there was nothing else to air. The show moved from Saturday afternoons to Sunday nights; at one point you had to stay awake until 2.am to see it. (Universal-owned cable channel 13ème Rue then picked the show and gave it saner schedules and a greater visibility. As of this article, the show and its spin-offs are now "owned" by TF1, the greatest French network - how things change.)

And yet I was hooked. I didn't miss an episode and often found myself championing the show to people who'd never heard of it. I cheered when the show finally won the Emmy Award for Outstanding Drama Series in 1997*. Looking in retrospect, Law & Order was the first TV show I watched seriously, not just for entertainment.

Why?

Back in 1994 and for a long time afterwards L&O looked like nothing else on French television. Homegrown dramas in particular looked antediluvian in comparison - dull, preachy, simplistic and devoid of any ambiguity. L&O on the other hand managed to pack intricate plotting, compelling drama and unflinching takes on explosive issues in 45 minutes and made you ask for more. It was both extremely formulaic and completely unpredictable - you could almost never guess where the murder-of-the-week would lead, and prosecuting the culprit was often more difficult and trickier than finding him. To a young French viewer, the spectacle of American judiciary proceedings was often even more fascinating than the who's-why's-how's of the crime. I also liked the show's willingness to disturb. Not all episodes ended with the good guys winning and all questions being solved. Sometimes the system worked, sometimes it didn't and sometimes victory was more problematic than defeat. Complex issues were dealt with in a complex way, and it was often up to the viewer to make his own opinion, come up with his own answers. Everyone - and I mean everyone - could turn to be a baddie on L&O, no matter his milieu, race, politics or religion. This I liked too. L&O was my absolute favorite show up until Carey Lowell's departure.

All good things must come to an end, however, and I began taking my distances in the Wiest years as the stories became more predictable - in terms of both story and stance. The show started looking like a French drama - there was a good side and a bad side, and writers wouldn't let you choose; the once wonderfully arcane plots became simpler and repetitive. Sure it still had great actors doing a great job, but what good is an actor without a good part to defend and a good story to serve? The spinoffs finished killing the show for me. SVU I found even preachier than the original and too focused on a particular brand of crime to be surprising on the long run; CI was good and Vincent d'Onofrio gave a wonderful performance as Robert Goren but it lacked a concept. Jury might have been great but ratings didn't give it a chance. I'll check the upcoming L.A. but I don't expect much of it - hopefully I'll be proven wrong.


*A revealing anecdote: when asked by the now-defunct magazine Generation Series how they felt about the crowning of "their" show, France 3 executives replied that they didn't know about it, some going as far as to say they didn't even know about the show itself...)

Regeneration (Raoul Walsh, 1915)

L'histoire des hommes et celle du septième art entretiennent des rapports étranges. Ainsi, 1939 marque à la fois le début de la Seconde Guerre Mondiale et le point culminant de l'Age d'Or hollywoodien (Gone With the Wind, Mr. Smith Goes To Washington, Of Mice and Men, Wuthering Heights, il n'y a qu'à se baisser...) Il en va de même, à une moindre échelle, pour 1915. D'un côté, les tranchées; de l'autre, trois films extrêmement importants sortent en l'espace de quelques mois: Birth of a Nation de Griffith, Les Vampires de Feuillade et celui qui nous occupe ici, Regeneration. Que deux de ces trois films soient américains ne doit pas surprendre: c'est "grâce" à la guerre en Europe que le cinéma américain, jusque là assez mineur, va progressivement s'emparer du leadership mondial, tant sur le plan commercial qu'artistique.
Regeneration est le premier film de Walsh, qui avait fait l'acteur quelques mois auparavant dans Birth of a Nation; c'est également l'ancêtre d'un genre, le film de gangsters, qui marquera les années vingt à quarante - et dont Walsh réalisera quelques uns de plus beaux fleurons. L'argument est relativement simple, et tient dans le titre: un jeune homme, Owen (interprété avec une modernité stupéfiante par Rockliffe Fellowes) que la misère et le manque d'amour ont poussé hors du droit chemin est "régénéré" par l'amour d'une jeune fille. C'est le traitement qui fait tout l'intérêt historique et artistique du film; on comprendra mieux pourquoi en comparant l'approche du débutant Walsh à celle des plus expérimentés Griffith et Feuillade.
Ce qui frappe tout d'abord dans Regeneration, c'est son absence de romantisme et de sentimentalité, du moins selon les standards de l'époque. Walsh, contrairement à Griffith, ne donne pas dans le pathos édifiant. La misère, la violence sont filmés frontalement, sans chercher à ménager le spectateur. Les scènes de l'enfance d'Owen sont remarquables à cet égard, et encore très éprouvantes un siècle plus tard. Le Bowery vu par Walsh est un enfer à ciel ouvert peuplé de mendiants, de gouapes, de brutes ivrognes et de gamins abandonnés à leur propre sort qui vivotent entre la rue, les bouges et des logements crasseux; que Walsh ait choisi de tourner sur les lieux mêmes ajoute encore à l'aspect documentaire du film et à son impact. Cette recherche du "détail vrai" rapproche Walsh de Feuillade qui avait tourné plusieurs scènes de son Fantômas dans la zone, et fit grand usage du Paris désertifié par la guerre dans ses Vampires.
Sur le plan formel, Walsh s'inscrit clairement comme disciple de Griffith, dont il reprend et prolonge les expériences sur le cadre et la lumière, mais en les intégrant à un projet et une vision tout à fait personnelles. Il ne s'agit pas pour lui d'agrandir, de magnifier les personnages ou le décor mais d'en saisir l'essence, et d'impliquer le spectateur. Même s'il manifeste un souci de recherche visuelle que l'on associe rarement à Walsh - sans doute parce qu'il optera dès son arrivée chez Warner pour une mise en images plus nerveuse, plus fonctionnelle - Regeneration est un remarquable exemple de cinéma américain premier, par opposition à celui plus teinté d'influences étrangères qui se développera à partir des années vingt.
Mais c'est sur le plan de l'interprétation que Regeneration est le plus remarquable, et le plus moderne. La direction d'acteurs walshienne est complètement exempte de l'emphase mélodramatique qui rend certaines scènes de Birth of a Nation ou Intolerance assez difficiles à supporter en gardant son sérieux - tous ces tics que Feuillade qualifiait dédaigneusement de "vieux ciné". Walsh demande - et obtient - de ses acteurs des interprétations aussi nuancées et naturelles que l'époque et les limitations du medium le permettaient. La jeune héroïne en particulier n'est pas une créature éthérée telle que Griffith les affectionnait, et annonce les futures égéries walshiennes - des femmes indépendantes, dont l'obstination n'a rien à envier à celle des hommes, et qui ne s'abaissent jamais devant eux.
En bref, Regeneration est un film qui justifie pleinement la petite heure de votre vie que vous lui consacrerez, et vous la rendra au centuple. Un bon moyen aussi de remédier à certaines idées reçues sur le cinéma de cette époque.